Chercher ce qui fait théâtre

Durant mon parcours théâtral j’ai porté à la scène des pièces très différentes dans leur style et dans leur sujet, conciliant formes traditionnelles et contemporaines.

Les Histoires d’Afghanistan, Tout l’or du ciel et Les routes de l’exil m’ont en partie été soufflées par mon court passage au théâtre du Soleil, la rencontre avec des exilés Afghans et la lecture des Cavaliers de Kessel. Fort de ces influences, je me suis accordé le droit de raconter une histoire et tenter d’en découvrir des secrets de fabrication ; j’ai pu mieux appréhender la notion de personnage, le rythme d’une scène, les articulations que l’on peut faire entre elles, assembler le tout et en chercher une dramaturgie. Après l’aventure que fût l’adaptation et la mise en scène de L’épopée de Gilgamesh, je me suis intéressé à des sujets plus actuels en théâtralisant les faits divers et tout ce qui a trait au couple en général.  Cela m’a donné la possibilité d’envisager l’écriture et la mise en scène d’une façon plus vaste et plus libre et ces récits mi littéraires – mi contés ont été l’occasion pour moi de travailler sur des sujets graves et d’en chercher la poésie. Une poésie qui passe par les mots mais aussi le minimalisme et la profondeur du jeu, les silences, les regards ou un son.

Le théâtre n’est finalement qu’une autre forme du conte car derrière chaque auteur, ne se cache-t-il pas un conteur ? Mais écrire ne résout pas la question de la mise en scène. Chaque art a ses secrets et c’est un autre challenge qui se déroule, d’autres questions qui se posent lorsque l’on passe au plateau. Dès que les comédiens s’emparent d’un texte et d’un personnage, il devient le leur et ils amènent leur part de créativité, d’interrogation mais aussi de création.

Avec Au bout du rouleau, grâce à Gilles Estran et à sa maîtrise de la danse contact, ce fut l’occasion de proposer à  Mercedes, Aurélie et Nicolas de travailler la corporalité pour que ce texte réaliste prenne du relief, devienne plus riche et plus intéressant qu’il n’y parait à la lecture. Bien qu’auteur, on n’a pas toujours les réponses sur ce que l’on écrit et le texte a soulevé de nombreuses questions d’interprétations : à qui le personnage parle-t-il ? Est-ce pour lui ou pour le public ? Que veut-il dire à ce moment-là ? Comment fait-on vivre un espace imaginaire ? Quelle est l’utilité du son ?  Et tant d’autres questions auxquelles les répétitions apportent les réponses et qui sont autant de beaux et difficiles moments, parfois, de travail ! »

Voilà, j’en suis là, toujours au début, toujours à chercher ce qui fait théâtre.

Henri Bonnithon (Cie Apsaras)


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